
Prix de l’Académie Française : Tout est passé si vite de Jean-Noël Pancrazi.Prix Décembre : Univers univers de Régis Jauffret. Prix Prix Goncourt : La maîtresse de Brecht de Jean-Pierre Amette. Prix Goncourt des lycéens : Farrago de Yann Apperry. Prix Interallié : Windows on the World de Frédéric Beigbeder. Prix Médicis : Quatre soldats de Hubert Mingarelli. Prix du Premier roman : Les enfants de la place de Yasmina Traboulsi. Prix Renaudot : Les âmes grises de Philippe Claudel. Prix Femina : Le complexe de Di de Dai Sijie. Prix FNAC : Dix-neuf secondes de Pierre Charras. Prix RFO (Réseau France-Outre-mer) : Les rochers de poudre d’or de Natacha Appanah-Mouriquand.

Les Amis de la Bibliothèque Municipale ont décerné leur prix grenette 2003. Réunis à Thorrenc le vendredi 23 mai, les Amis de la Bibliothèque ont voté en faveur de L’arrière saison de Philippe Besson (édition Julliard), à partir de la sélection proposée pour le prix du Livre-Inter.
On le sait, chaque année France-Inter réunit un jury (très fermé : vingt-quatre élus sur des milliers de demandes) qui choisit un lauréat à partir d’une sélection de dix romans récents. Cette liste étant publique, un groupe de lecteurs peut fort bien s’exercer à la même activité. C’est ce qu’ont pratiqué, pour la quatrième année consécutive, les Amis de la Bibliothèque d’Annonay. Un peu comme un public de festival qui assiste en quelques jours à de nombreux spectacles inédits, ils ont dû, en moins de deux mois, découvrir une dizaine de romans qu’ils se passaient des uns aux autres, et cette hâte même est peut-être un agrément supplémentaire.
A partir d’un tableau du peintre américain Hopper, Philippe Besson raconte, sans mièvrerie, une intrigue sentimentale : le rapide basculement d’une amoureuse hésitant entre deux hommes, sous le regard complice et tendre d’un garçon de café. Le jury a admiré l’imagination de l’auteur qui a su s’accorder à la peinture avec vraisemblance, en vue d’un récit simple et rigoureux.
D’autres romans ont été admirés et discutés, par exemple Les ambitions désavouées d’Alain Fleischer (Seuil), d’une richesse presque excessive sur un sujet paradoxal ou Tigre en papier d’Olivier Rollin (Seuil) et Exhibition de Michka Assayas (L’arpenteur), qui traitent tous deux de 1968 et de ses suites, mais dans un esprit très différent, nostalgie ou dérision. Des romans comme La petite Chartreuse de Pierre Péju (Gallimard), Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint (Minuit) ou Hongroise d’Eric Holder (Flammarion) ont eu des partisans. Tout le monde s’accorda pour admirer la verve des premiers chapitres de Au piano (Minuit) de Jean Echenoz mais être déçu par la suite. O.N.G de Iegor Gran (P.O.L.) déchaîna la controverse : ce roman qui imagine une guerre entre deux associations, l’une tiers-mondiste, l’autre « bio », est-il une saine (et drôle) caricature ou un pamphlet très contestable ? Quant à Rapport sur moi de Grégoire Bouillier (Allia) — roman ou autobiographie ? on ne sait — il irrita la majorité, mais trouva aussi une avocate. Bref, la sélection proposée par France Inter a paru très riche, amenant à découvrir des œuvres vers lesquelles on ne serait pas allé spontanément et provoquant deux heures de discussion animée entre les seize lecteurs.
Le jury parisien s'est réuni le 2 juin : il a primé la petite Chartreuse, le roman de Pierre Péju chez Gallimard. Un beau portrait d'un amoureux des livres.

Pour la troisième année consécutive, les Amis de la Bibliothèque avaient décidé de lire les dix livres sélectionnés pour le prix du « Livre-Inter », d’en discuter sérieusement au cours d’une soirée qui s’est tenue jeudi dernier à l’auberge de Thorrenc, et de publier le nom de leur lauréat avant la proclamation parisienne qui aura lieu demain lundi.
Rappelons qu’une équipe de journalistes de France-Inter propose dix œuvres littéraires de qualité, au jugement de vingt-quatre jurés choisis parmi les auditeurs. S’il est très difficile d’intégrer ce jury (il y a des milliers de candidatures), il est possible à une équipe comme celle des Amis de la Bibliothèque de s’imposer la même activité.
Cette année particulièrement chacun des lecteurs a pu apprécier l’intérêt de se réunir en association pour parler littérature. Lors de leurs lectures solitaires en effet, ceux-ci ont été surpris par une sélection apparemment disparate sur laquelle il paraissait difficile de porter des jugements. Comment comparer les thèmes romantiques et les longues phrases de La voix d’alto de Richard Millet avec le ton désinvolte d’un polar comme L’absolue perfection du crime de Tanguy Viel ? La longue discussion de jeudi dernier leur a permis de comprendre qu’ils étaient confrontés à diverses formes de l’art romanesque, et que la traditionnelle opposition entre autobiographie et fiction était un peu trop simpliste. Pour choisir quelques exemples, le récit de la mort réelle d’un proche n’exige-t-il pas un travail artistique (A présent de Brigitte Giraud et Des phrases courtes ma chérie de Pierrette Fleutiaux) ? Un écrivain ne peut-il pas se présenter dans sa vie réelle et mentir effrontément (L’intervieweur d’Alain Veinstein) ? Un observateur apparemment objectif du monde actuel ne propose-t-il pas aussi une vision très personnelle (La clôture de Jean Rolin) ? Un jeu d’écriture sur le vocabulaire des végétaux pourrait-il tourner au roman (Ruines de Rome de Pierre Senges) ?
C’est donc à la suite d’une discussion assez technique, mais passionnante cordiale et gaie, que les lecteurs ont pu s’entendre pour élire Ce soir au club de Christian Gailly (éditions de Minuit), roman très agréable à lire, qui exprime bien le dynamisme du jazz, avec une intrigue où un hasard providentiel tient le rôle de la basse.
Résultats : 1 Gailly 125/14=8,92 ; 2 Fleutiaux 108/14=7,71 ; 3 Giraud 7,69 ; 4 Viel 6,8 ; 5 Millet 6,1 ; 6 ex aeq. Rolin et Vilain 7,3 ; 8 Senges 3,7 ; 9 Veinstein 2,3 ; 10 Jauffrey 1,69.
LE PRIX DU LIVRE INTER CONFIRME LE CHOIX DES AMIS DE LA BIBLIOTHEQUE :
UN SOIR AU CLUB DE CHRISTIAN GAILLY
EST UN TRES BON ROMAN.
Rappelons que, depuis trois ans, les Amis de la Bibliothèque jouent à concurrencer le fameux prix du Livre-Inter. Comme les vingt-quatre jurés choisis par l’équipe de la radio, les membres de l’association lisent les dix romans retenus, et votent pour décerner leur prix. Ils sont tenus bien sûr de prendre les devants, et c’est jeudi 30 mai, réunis à l’auberge de Thorrenc, qu’ils ont décerné leur « Prix Grenette » à Un soir au club de Christian Gailly (Editions de Minuit), sans savoir que le lundi 3 juin le jury officiel allait annoncer le même résultat.
C’est là une satisfaction pour eux, d’autant plus que la sélection réunissait des livres très divers dont certains d’abord difficile. Or, au cours de la discussion, sérieuse mais détendue et sans snobisme, qui les a tenus plus de deux heures, ils se sont aperçus que cette liste rendait compte de la richesse méconnue de la littérature française actuelle.
Un soir au club est un roman d’amour conduit sur un rythme de jazz qui est facile à lire mais sans facilités. Il mérite un grand succès de librairie.
